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lundi 1 avril 2019

Raoul Dufy ou La Décoration et les Arts Décoratifs procèdent-t-ils de l'Art ou de l'Artisanat?

Comment peut-on définir ce qu'est la Décoration, et ce qu'elle apporte sur le plan de l'Art?
D'après le petit Robert, on distingue comme définition (ou sens) du mot décoration les deux aspects suivants:
n°1/ornements, parures, décors,
n°2/distinction, médaille, insigne,

On doit rajouter à la définition n°1 du Robert (celle qui nous interesse ici) les qualificatifs et les nuances contemporaines suivantes qui caractérisent aujourd'hui le travail des Décorateurs:
-feng-shui, ambiance, embellissement, mode,  désign, nouveauté...

Au crédit de la Décoration et des Arts Décoratifs: leurs influences et leurs diversités dans de nombreux domaines de la vie courante que sont l' urbanisme, l'habitat, le mobilier, l'habillement, la mode et les cosmétiques...
Mais aussi, une large vulgarisation  des formes et des couleurs, car l'artisan décorateur se doit d'approfondir sa connaissance des techniques, des matières, des nuances et des styles...

Au passif, l'effet de mode qui rend toute création décorative forcément démodée à plus ou moins courte échéance avec le risque de tomber dans l'oubli!
Mais aussi, l'effet décoratif n'est pas toujours l'apanage de l'homme (ou de la femme!) Ne trouve-t-on pas qu'une plante est décorative ou que la nature et ses paysages offrent parfois un beau décor.
Qui a dit qu'il n'y a d'Art qu'à l'échelle de l'homme (ou de la femme bien sûr!) c'est à dire qu'à l'échelle de l'esprit humain et de la mémoire collective.

Cependantde nombreux grands peintres ont été avant tout de grands décorateurs tels:
- les peintres de Pompéï, les enlumineurs du Moyen-Age, les peintres de fresques de la Renaissance, et de nombreux artistes tels Mucha, Klimt,  Dufy, Matisse, Soulages et autres artistes contemporains...

Laissons d'ailleurs parler Raoul Dufy qui a beaucoup travaillé dans les Arts Décoratifs:
-"décoration et peinture se désaltèrent à la même source"
-"ce sont les artistes qui font le goût d'une époque, les décorateurs ne font que suivre"
-"concevons en artistes et exécutons en artisans"
Est ce en temps que peintre ou en temps que décorateur que Raoul Dufy est passé  à la postérité?
Alors à vous de juger avec son tableau intitulé : la Vie en rose! 
Décoration, Art Décoratif ou bien Art tout court?


Raoul Dufy : La Vie en Rose

samedi 30 novembre 2013

Formulations

formulations et compositions des peintures
En plus des liants et diluants, d'autres ingrédients sont utilisés dans la composition des peintures prêtes à l'emploi:
-charges minérales: afin de donner de la texture à la peinture, et permettre la réalisation de reliefs et d'empâtements comme la craie.
-siccatifs : pour accélérer la polymérisation et le séchage de l'huile de lin

 fabricants de couleurs  
Jusqu’au XIXème siècle, la peinture à l’huile est fabriquée dans les ateliers des artistes. Les assistants des peintres sont chargés de broyer les pigments manuellement dans un mortier et de préparer la peinture. Mais l’invention de la machine à broyer à vapeur en 1836 bouleverse la peinture artisanale. Les droguistes, que l’on appelle désormais « marchands de couleurs » effectuent eux-mêmes la préparation et la vente des pigments.

Au début du XIXème siècle, la formulation de la peinture, artisanale depuis toujours, entre dans l’ère industrielle.
La firme britannique Winsor and Newton met au point le tube métallique qui remplace avantageusement les petites bourses de peau dans lesquelles la peinture se conservait très mal.
Les impressionnistes bénéficient donc de nouveaux emballages qui permettent de peindre "sur le motif" en dehors de l'atelier et de nouveaux pigments et colorants de synthèse à des prix abordables (on est loin des prix du lapis lazuli!) qui enrichissent leur palette.
Par ailleurs, l’huile de lin peut alors être clarifiée et blanchie et s'accompagne d'un siccatif qui accélère son séchage. Elle est  parfois remplacée par l’huile d’œillette tirée d'un pavot, et même aujourd'hui par l'huile de soja pour les peintures faites en Chine
Au XXème siècle, la mise au point de pigments et de liants vinyliques et acryliques inodores et solubles dans l'eau révolutionne à nouveau l'art de peindre.

samedi 12 octobre 2013

le lin et les liants dans la peinture

Les liants utilisés par les artistes peintres pour mettre en œuvre les pigments, depuis les origines de la Peinture jusqu'au siècle dernier, étaient des  graisses animales et moelle des os, résines végétales, cire d’abeille, œufs, caséine du lait, huiles végétales, notamment l'huile de lin.
Lorsque le liant est trop pâteux pour être étalé correctement, le peintre doit le mélanger avec un diluant. Pour la peinture à l’huile, il utilise principalement aujourd'hui de l’essence de térébenthine ou du White Spirit  .
En revanche, la gouache et l’aquarelle sont des peintures dites « à l’eau » car leurs liants, des gommes végétales, se mélangent bien avec de l’eau, utilisée ici comme diluant, ainsi que les peintures acryliques à base de résines de synthèse acryliques et vinyliques qui utilisent aussi l'eau comme diluant. 

Le développement de la peinture à l'huile est étroitement lié à la culture du lin.

Bien que connus depuis l'Antiquité ce n'est qu'à la Renaissance que la toile de lin (tissée à partir des fibres tirées des tiges de la plante) et  que l'huile de lin  (extraite des graines de la même plante) commenceront à être largement utilisés en peinture.


                            
                                                              


Jan an Eyck: les époux Arnolfini (1434)
huile (de lin?) sur bois
Londres: National Gallery
Plusieurs huiles végétales conviennent pour disperser pigments ou colorants, mais ces huiles doivent être suffisamment fluides et surtout insaturées pour permettre une polymérisation lors du séchage et donc leur durcissement en vernis protecteur.
Les principales huiles utilisées en peinture aujourd'hui sont l'huile de lin, d'oeillette, de carthame et maintenant avec la délocalisation des fabrications en Chine, l'huile de soja!  
 

L'huile de lin  permet une meilleure dispersion et une plus grande fluidité de la peinture. Elle renforce la transparence, la brillance et même le pouvoir couvrant (opacité) des pigments utilisés, y compris des pigments minéraux. Elle peut communiquer au support un aspect lisse qui élimine toute trace de pinceau. Mais elle ne condamne pas l'utilisation des reliefs à la brosse et de l'application de la peinture en pâte épaisse au couteau si l'artiste le désire, si l'on prend soin de charger la peinture avec un épaississant (talc, craie, plâtre...).

On attribue à tort ou à raison à Jan van Eyck ( 1330-1441) la découverte de la peinture à l'huile. Auparavant, les artistes peintres peignaient "à fresco" sur plâtre frais ou bien "à tempera à l'oeuf " sur des panneaux de bois.
Il est vrai que la technique de l'huile ne s'épanouit qu'à la fin du XV ème siècle avec la découverte des agents siccatifs qui accéléraient plus ou moins le séchage de l'huile, à partir de Raphaël en Italie et de Rubens en Flandre.
A peu prés à la même époque les artistes peintres abandonnent les panneaux de bois pour travailler sur les toiles de lin. Ces dernières se roulent  ou s'empilent aisément et le transport des œuvres achevées en est facilité. 
Les peintres impressionnistes ont renouvelé la technique de la peinture à l'huile grâce à la découverte industrielle de nouveaux pigments organiques et la mise au point de nouvelles couleurs. Ils ont quitté l'atelier pour peindre la nature directement "in situ" sur le motif, grâce aux tubes de peintures en alliage d'étain facilement transportables et aux lignes de chemin de fer! La découverte récente des liants synthétiques acryliques, séchant rapidement, a ouvert aux artistes de nouvelles possibilités, mais n'a pas condamné pour autant la peinture à l'huile.

Et ce qui me parait fondamental: grâce à sa texture et au vernis protecteur créé par l'huile de lin polymérisée, la peinture à l'huile a permis et permet de bien conserver dans le temps le tableau, alors que tempera, fresques et aujourd’hui imprimés ou photos numériques sont beaucoup plus fragiles et ne résisteront pas bien à l'épreuve du temps.


lundi 30 septembre 2013

Venise, Bruges et Nuremberg, les premiers marchés des pigments et colorants




Un pigment (minéral ou organique) doit être d'abord finement broyé et nécessite l'emploi d'un liant pour se fixer sur un support ( bois, toile, papier, carton). Il peut être naturel ou synthétique aujourd'hui.
Un colorant est soluble dans l'eau ou dans un solvant. Il peut se fixer seul sur le support. Les matières colorantes sont le plus souvent des substances organiques naturelles ou synthétiques aujourd'hui.
Les pigments et les colorants sont donc classés d’après leur nature chimique (minérale ou organique) et leur origine (naturelle ou synthétique) . On distingue donc aujourd'hui les 4 familles suivantes, :
1/pigments minéraux naturels
On trouve dans la nature des terres (argiles et sables) de couleurs (jaunes, ocres, vertes ou rouges), notamment à Roussillon dans le Vaucluse. Leur coloration est due à la présence d’oxydes de fer, mais aussi les marbres et la craie de couleur blanche ou crème,  et de nombreux cristaux et minéraux de différentes couleurs:


-jaune, orangé comme l'orpiment et le réalgar ( sulfures d'arsenic),
-rouge comme le minium (oxyde de plomb) et le cinabre (sulfure de mercure)
-bleu des pierres précieuses comme la turquoise, l'azurite ou le lapis lazuli
-vert comme la malachite
-brillant comme l'or et l'argent

Quelques uns de ces minéraux plus ou moins disponibles dans la nature ont été utilisés dés l'Antiquité, et pratiquement tous dés le Moyen-Age. Certains étaient aussi chers que l'or comme le lapis lazuli originaire d'Afghanistan qui vit son prix multiplié par 10 à la Renaissance, par suite d' un embargo turc. L'azurite ou bleu d'Allemagne était plus accessible en Europe du Nord. D'ailleurs à cette époque, le marché et le prix européen des pigments et colorants se faisait exclusivement à Venise, Bruges et Nuremberg.
Les pigments minéraux doivent être finement broyés pour être utilisés en peinture. Les terres, elles, sont extraites, tamisées, lavées et éventuellement cuites pour en modifier la couleur  exemples : terre de Sienne, terre de Sienne brûlée, terre d’ombre, terre d'ombre brulée.


   



turquoise et malachite 

2/ colorants  naturels
Les Phéniciens et les Romains utilisaient un colorant violet tiré d’un coquillage (murex trunculus) pour teindre leurs toges et leurs vêtements.

Le Kermès ou carmin de couleur rouge est tiré d'une cochenille parasite du chêne. Il faut plus d'un kg de ces insectes pour obtenir 10 grammes de colorant.
A la Renaissance, on cultivait à Toulouse, Albi, Lavaur...une plante qui permettait de produire un colorant bleu, le pastel. Les cocagnes ou boules de pastel étaient alors exportées dans toute l’Europe.  Dés le 17eme siècle, le pastel toulousain fut concurrencé par les importations de bleu indigo (extrait des feuilles de l’indigotier) en provenance de l’Inde et par conséquent la culture du pastel déclina fortement.
On peut citer encore l'incarnat de couleur rouge tiré du bois de brésil ou rouge Brésil originaire de Ceylan puis du Brésil, pays auquel il a légué son nom. Le rose de garance qui est extrait d’une racine et a permis de teindre les textiles en rouge vif ( comme les uniformes français de 1870 !).

3/pigments minéraux synthétiques
Les peintres et les enlumineurs du Moyen-Age quelque peu alchimistes utilisaient les pigments naturels mais fabriquaient  aussi dans leurs ateliers différents pigments de synthèse, souvent abandonnés aujourd'hui pour leur toxicité, comme le cinabre ( sulfure de mercure), la céruse ou le minium (à base de plomb) ou les verts de gris à base de cuivre et de vinaigre. A la Renaissance d'autres pigments furent mis au point et leur synthèse fut approximativement décrite dans les "réceptaires", ou recueils de recettes, comme le véritable vert Véronèse (arséniate de cuivre).

Par la suite, les fabricants de peinture ont  réussi à remplacer ces pigments minéraux toxiques et chers par des pigments de synthèse qui se rapprochaient de la couleur d'origine de façon satisfaisante..
Ils sont obtenus par réaction chimique, ce sont en général des oxydes et des sels métalliques. D’ailleurs les couleurs développées servent souvent en analyse chimique à identifier le métal présent : bleus des sels de cobalt, rose et violet du manganèse, jaunes du cadmium, blancs de zinc et de titane. 

L'œil humain pouvant différencier plus de 10000 nuances de couleur différentes, les chimistes ont encore du pain sur la planche...  

                                          

Ce nouveau bleu est d'ailleurs très proche du bleu outremer cher à Klein, mais ce n'est pas celui-là! 

4/colorants synthétiques
La plupart des colorants naturels ont été remplacés par des colorants synthétiques plus économiques et plus variés.
A partir du 19ème siècle, l’industrie des colorants de synthèse connaît un formidable essor. Ainsi la culture de la garance a cédé à la concurrence de l’alizarine de synthèse. En effet, en 1868, la synthèse de l’alizarine (la substance colorante rouge, tirée de la garance) est réalisée par deux chimistes allemands, et cette production est immédiatement industrialisée.( la production atteignait déjà 10 000 tonnes en l’an 1900 dans la seule usine de BASF à Ludwigshafen en Allemagne)...
Ces molécules sont en général obtenues à partir des fractions aromatiques lourdes issues de la pétrochimie ou de la distillation de la houille (benzène, naphtalène, anthracène). On doit ainsi à la chimie la mise sur le marché de plusieurs centaines de nuances nouvelles à des prix abordables.


Emploi des couleurs et de leurs nuances
Les impressionnistes utilisaient largement les innovations techniques de la peinture. Ils se détournèrent des couleurs sombres et des terres naturelles, au profit des nouveaux pigments aux couleurs vives fournis par la chimie. Le carnet de notes d'Auguste Renoir nous permet d’identifier les pigments qu’il a utilisés en 1879 pour peindre "La Seine à Asnières".     
Renoir s’est servi de:
-bleu outremer pour peindre l'eau et ses reflets
-vert émeraude pour les joncs , synthétisé à partir du chrome. (le vert de chrome  remplaça l’arséniate de cuivre, si toxique qu’on l’utilisait alors comme insecticide lors des invasions de sauterelles!).
Renoir emploie également du jaune d’or ou jaune de chrome, obtenu chimiquement dès 1820. Pour les rouges, il utilise le vermillon artificiel et la laque de garance, fabriquée à partir des racines séchées et broyées de la plante. 
La vivacité des coloris des tableaux impressionnistes ou pointillistes est en partie due à l’utilisation de couleurs complémentaires. Les artistes s’inspirèrent de la loi des contrastes simultanés énoncée par le chimiste Eugène Chevreul en 1839. Selon lui, il se dégage une impression d’harmonie lorsque deux couleurs complémentaires sont placées à proximité l’une de l’autre. Elles semblent alors beaucoup plus vives.
C’est le cas du jaune placé à proximité du violet, du rouge opposé au vert, ou du bleu juxtaposé à l’orange, comme on le voit dans la Seine à Asnières d’Auguste Renoir.
Plus tard Johannes Itten élaborera une théorie des couleurs beaucoup plus sophistiquée.