jeudi 3 novembre 2016

Cézanne

Paul Cézanne (1839 Aix-en-Provence-1906 Aix-en-Provence)

S'il existe une rupture précoce et radicale dans l'évolution de la peinture occidentale, elle est due à Paul Cézanne.
Ce peintre a consacré sa vie à chercher comment simplifier et reconstruire les formes sans pour autant simplifier ou abandonner leurs couleurs. Aix, Paris, Auvers-sur Oise, l'Estaque...sont autant de lieux emblématiques qui croiseront son regard et forgeront progressivement sa palette et son oeuvre aboutie.


Paul Cézanne: La montagne Ste-Victoire vue de Bellevue: 1882-1885
New York: The Metropolitan Museum of Art

Aixois, fils de banquier, ami de Zola...avec qui il se fâche, aprés s'être reconnu dans le peintre raté de "L'Oeuvre",  Paul Cézanne n'a pratiquement pas vécu de sa peinture, si ce n'est à la fin de sa vie lorsqu' il obtint enfin la reconnaissance des marchands d'art et du public.

Et pourtant son oeuvre a été extrèmement féconde puisqu'elle a jeté les bases de l'Art Moderne, (bien avant Kandinsky) en donnant entre autres, naissance au Cubisme. Certains courants artistiques contemporains lui doivent encore beaucoup pour les formes comme pour les couleurs. 
  

mardi 14 juin 2016

Diego Velazquez (1599 Seville-1660 Madrid) et Edouard Manet (Paris 1832- Paris1883)


Velazquez:    le marchand d'eau de Seville (1620)


Manet : le Fifre (1866)
 


  
Je vous propose de faire ici  un (court) parallèle entre ces deux grands peintres européens, afin de mettre en lumière ce qui les rapproche, même s’il est évident que Velazquez  garde sur Manet l’avantage de l’antériorité .

Les deux artistes sont nés dans une famille aisée et cultivée de deux pays d’Europe, mais à plus de deux siècles d’intervalle. Tous deux ont eu accès pendant leurs jeunes années à la meilleure peinture des artistes peintres des siècles antérieurs, notamment italiens comme Raphaël, Michel-Ange ou Caravage.

Si Diégo Velazquez fut poussé par son père dés 1612 dans les ateliers des artistes espagnols Herrera et Pacheco, ce n’est pas le cas d’Edouard Manet dont la vocation d’artiste peintre fut contrariée par son père. Ce n’est qu’à l’âge de 18 ans révolus qu’ Edouard put enfin fréquenter l’atelier très « académique » de Thomas Couture,  atelier qu’il n’eut de cesse de quitter par la suite pour imposer sa propre vision d’une peinture « naturaliste ». 

Velazquez connait la célébrité dés ses 18 ans avec des scènes réalistes de cabaret ou « bodegones », genre alors très en vogue dans l’Europe du début du XVIIème siècle. En effet l’église réformée hollandaise est alors opposée à toute représentation humaine dans les édifices religieux, et cette opposition freine alors la diffusion des peintures religieuses ou mythologiques hors des églises. Les « bodegones » se doivent représenter de manière très réaliste et même laïque les personnages et les objets qui les entourent. Ces objets (cruches, vaisselles, cuivres, fruits…) doivent être reproduits à la perfection dans la pure tradition hollandaise ou flamande de la « nature morte ».
Devenu très vite un excellent peintre et un fidèle portraitiste, Velazquez  est engagé dés 1623 à Madrid au service du roi d’Espagne Philippe IV, (dont il réalisera par la suite les nombreux portraits officiels). Il meurt à Madrid à l’âge de 61 ans en pleine gloire, après avoir mené une vie assez régulière. ( à signaler toutefois quelques rencontres dont celle de Rubens à l'Escurial en 1628 et  quelques voyages  initiatiques dont un séjour de plus d'un an en Italie, en 1629/1630).

Manet s’intéresse très progressivement à la peinture espagnole et notamment à celle de Velazquez et de Goya au fur et à mesure de ses découvertes personnelles (visites régulières des tableaux de l’Ecole Espagnole du Louvre,  voyage à Madrid de 1865, découverte de l'exposition publique des collections impériales espagnoles … ) . Les traditions et la musique d’Espagne sont alors très en vogue à la cour de Napoléon III et d’Eugénie Montijo.
Manet s’inspire notamment  des scènes de cabaret et des portraits réalistes de Velazquez , en les transposant au XIX ème siècle, et  il ne néglige pas de représenter dans un coin de ses toiles quelques objets léchés de nature morte chers à Velazquez. Mais il se gardera bien de représenter des portraits de cour académique, laissant ce travail à Meissonier ou à Couture ! Il s’inspire aussi des scènes de guerre de Goya pour son tableau « l’exécution de l’empereur Maximilien » et s'inspire de la « Maja Nue »  du peintre espagnol pour créer son Olympia.
Après avoir traversé un demi-siècle des plus agités sur le plan sentimental et politique,  habitué des scandales à répetitions que suscite sa peinture novatrice (salon des refusés), Manet ne connaitra le succès qu’à la fin de sa vie.
Si l’on peut affirmer que  Manet s’est fortement inspiré du dessin et de la technique de Velazquez, il a su se libérer de l’influence du maître espagnol, en simplifiant et en épurant ses portraits et ses compositions, en vivifiant les couleurs de sa palette, en renonçant notamment aux tons bruns foncés omniprésents chez Velazquez, mais surtout en s’éloignant définitivement des séries de portraits officiels chers au peintre espagnol.


Chacun en son temps a su faire évoluer de façon immense et novatrice la peinture européenne, enfin la peinture universelle.
   
   
l’exécution de l’empereur Maximilien -1868
voir le tableau de Goya ci-après

mercredi 1 juin 2016

Francisco Goya (1746 Saragosse-1828 Bordeaux)

Pendant les premières années de sa carrière de peintre à Saragosse, en Italie (1770/1771) puis à Madrid à la cour de Charles III (1786/1792), Goya exécute ses toiles dans un style rococo espagnol, (alors très en vogue dans la haute société) directement influencé par les styles rococo italien et français.


Francisco Goya : autoportrait- Musée d'Agen

En 1792, suite à une très grave maladie, Goya devient complètement sourd. Son style et ses thèmes de peinture changent alors radicalement.
Il "entend" dorénavant "fustiger les vices et les erreurs humaines", en illustrant de façon dramatique ses gravures et ses tableaux, dont les plus significatifs sont les "peintures noires" de la Quinta el Sordo à Madrid.


Francisco Goya: les fusillades du 3 mai (1814) Madrid:Musée du Prado
En 1815 Goya doit alors quitter  l'Espagne sous la pression de la Restauration et s'installe à Bordeaux où il décède en 1828. 
Il reste un très grand analyste et un génial révélateur des turpitudes et des trivialités de la nature humaine.

samedi 29 novembre 2014

La peinture de Rome à Pompéi

Le Musée Saint Raymond de Toulouse présente du 15 novembre 2014 au 22 mars 2015 une remarquable exposition d'envergure internationale sur le thème de la peinture romaine en expliquant et illustrant de façon très complète son évolution et ses influences.


Exposition du MSR de Toulouse : du 15/11/2014 au 22/3/2015

En résumé d'après une conférence d'Alexandra Dardenay, maître de conférence en histoire de l'Art romain : 


Depuis 1875 avec la redécouverte quasi complète des peintures de Pompéi et du monde gallo-romain et grâce à l'historien allemand Auguste Mau, on a pris l'habitude de distinguer 4 styles de peinture romaine (correspondant à 4 époques successives) dans les fresques découvertes à Rome, Pompéi et dans le monde romain européen ( notamment en Gaule Narbonnaise).



1er style:  de -130 AV JC à -80 AV JC

C'est un style de décoration multicolore, influencé par les modèles grecs d'architecture classique monumentale où les panneaux de stuc sont peints de façon à imiter le marbre et les pierres dures où les représentations de figures, de paysages et d'objets sont absentes . 




2ème style: de -80 AV JC à -20 AV JC

La décoration des demeures patriciennes se précise avec toujours des peintures de panneaux en trompe l'oeil imitant les matières nobles (marbres et onyx) mais ces panneaux sont encadrés de colonnades de style péristyle et agrémentés de décors scénographes mythologiques (en général copiés de peintures de chevalets grecques dont les originaux ne nous sont pas parvenus...).
On note l'apparition de figures grandeur nature aux riches coloris.

  
Boscoreale : Décor avec guirlande et tête de taureau (60-40 avant JC)



  
Villa dite des Mystères : Pompei




3ème style: de -20 AV JC à +40 AP JC

Le décor géométrique se fait plus sobre et plus raffiné avec apparition de "candélabres" inter-panneaux aux dessins minutieux. Ces nouveaux candélabres seront amplement redécouverts par les décorateurs de la Renaissance.





4ème style: de +40 AP JC  à +100 AP JC

Les décors et les peintures retrouvés sont assez nombreux, notamment dans les villas de Pompéi et d'Herculanum détruites en 79 par l'éruption du Vésuve.
On pourrait croire qu'à la suite de cette catastrophe, l'art et les techniques picturales ne se soient complètement perdus (et ce jusqu'au XVIII ème siècle où l'on a redécouvert ces sites fossilisés). Il n'en est rien, car c'est bien à Rome que les artistes et leurs mécènes innovaient en matière d'art contemporain  et de techniques. Les propriétaires fortunés de Pompéi et d'Herculanum (ou d'ailleurs) n'ont fait que suivre en leur temps les modes romaines.  

  
Herculanum: Endymion et Séléné IVème style 50-79 AP JC




mardi 11 novembre 2014

La peinture romane en Catalogne et en Ariège

       
Saint-Lizier ( Ariège) : les Apôtres

Après la chûte de Rome, l'Empire romain/byzantin réussit à se maintenir jusqu' à la prise de Constantinople par les Turcs Ottomans en 1453 .
Cette longue période de stabilité permit l'éclosion d'un art profane et religieux fortement inspiré des mosaïques et des fresques gréco-romaines, et instrumentalisé pour les besoins du christianisme naissant. L'art sacré byzantin se développa peu à peu à l'extérieur des frontières grâce aux échanges commerciaux et religieux que Constantinople entretenait avec les pays riverains (comme par exemple à partir du VIIIème siècle avec Torcello et Venise sur l'Adriatique).  

A leur tour, les monastères italiens et les dignitaires de l'Eglise romaine attirèrent pour décorer leurs chapelles ces artistes spécialisés dans la peinture de dévotion. Les scènes peintes "a fresco" représentaient de façon imagée et simplifiée des scènes bibliques ou évangéliques qui avaient pour vocation l'enseignement par l'image de fidèles souvent illettrés.
On retrouve ces fresques dans les monastères de  Monte Cassino,  Palerme, et Montreale (Sicile). 

A partir du XIème siècle, la peinture romane se développa dans les églises du sud de l'Europe, notamment en Catalogne et dans le sud de la France grâce à quelques peintres itinérants. Les chemins de St Jacques de Compostelle firent ensuite remonter jusqu'en Rhétie, en Allemagne, ce nouvel art roman qui complétait la construction des nouveaux édifices religieux offrant de larges surfaces à décorer.


  

















    Parmi les peintres itinérants les plus remarquables, on peut citer le Maître de Pedret à qui on attribue les peintures de Saint Jean de Boi en Catalogne  et de St Lizier et de Vals. Ce peintre a beaucoup travaillé dans le nord de l'Espagne et dans le sud ouest de la France au début du XIIème siècle.
On ne sait pourtant rien de cet artiste très influencé par l'iconographie byzantine. On peut imaginer qu'après s'être formé dans les monastères de Sicile ou d'Italie, il se rendit en Espagne où la demande était importante. Il se déplaçait sans doute sur les routes de Catalogne et d'Occitanie avec son équipe d'artisans, son atelier, ses carnets, ses pinceaux et ses pigments, au gré des commandes du clergé catalan de l'époque. 

   
Saint Jean de Boi (Catalogne): le martyr de St Benoit

dimanche 25 mai 2014

Turner, mais aussi Reynolds et Constable



J.M.W. Turner: the burning of the Houses of Parliament (1835)
Cleveland Museum of Art

Trois peintres anglais ont durablement marqué la peinture européenne au tournant du XVIIIème et XIXème siècle:

Joshua Reynolds (1732 Plymton-1792 Londres) entreprend dans sa jeunesse plusieurs voyages en Europe qui le mènent à Lisbonne, Alger et Rome où il est fortement impressionné par la peinture de Raphaël et de Michel-Ange. Il visite ensuite Florence, Parme, Venise et Paris. En 1753 à son retour, il  s'installe et travaille à Londres.
En 1768 il fonde la "Royal Academy" , institution destinée à promouvoir une peinture de qualité, de genre historique et d'une grande maîtrise picturale. Dans ce cadre académique, Reynolds anime des ateliers où il dispense ses leçons de peinture et organise des expositions et des remises de prix annuelles accompagnées de "Discours".
Il  exécute alors essentiellement des portraits de personnalités de l'époque, selon le  genre du "portrait académique" qu'il place par sa noblesse d'exécution bien au dessus des paysages et des natures mortes. Il délivre d'ailleurs dans ses "Discours"ses réflexions théoriques sur cette peinture ambitieuse qui trouve une  justification dans la réalisation d'œuvres exigeantes censées élever l'âme et les sentiments.
En 1781, il voyage à nouveau mais cette fois-ci en Flandres où il étudie l'œuvre et la facture de Rubens.
Par sa vision idéalisée de la peinture, il préfigure la peinture romantique qui s'épanouira quelques années plus tard en Europe avec des artistes comme David, Ingres ou Gérome.


Joseph Turner (1775 Londres-1851 Londres), suit dés l'âge de 14 ans, les cours de la "Royal Academy" fondée par Joshua Reynolds. Dés 1796 il acquiert la célébrité en exposant à Londres des toiles de style néo-classique à la manière de Poussin.
Il voyage, lui aussi en France, Flandres, Hollande, Allemagne. Il visite le musée du Louvre, récemment ouvert au public,  où il étudie les maîtres anciens et Claude Le Lorrain.
Ses voyages en Italie de 1819 et 1829 vont l'amener progressivement à modifier sa peinture en privilégiant la lumière et certaines couleurs au détriment du dessin et de la forme.
La peinture de Turner, à fort contenu symbolique,  s'éloigne de la représentation fidèle du réel et tente de représenter dans le paysage, les forces fantastiques de la Nature.


John Constable (1776 Suffolk-1837 Londres) est dés son enfance, plongé dans le monde rural du Suffolk, où la nature et les paysages ont plus d'importance que les personnages.
Ce n'est d'ailleurs qu'en 1799 qu' il 'est admis à  la "Royal Academy"  de Londres où il exécute de lumineux paysages à la manière de Ruisdael.
En 1819, il entreprend lui aussi, un voyage en Italie qui l'amène à visiter les musées et les églises de Venise et de Rome. 
En 1824, il connait un formidable succès à Paris où il obtient la médaille d'or au Salon pour l'un de ses paysages. 
La peinture de Constable aura une  très grande influence sur la peinture française du XIXème siècle, notamment sur celle de Daubigny.

mercredi 16 avril 2014

Anders Zorn (1860 Mora-1920 Stockholm)

A.Zorn est un peintre suédois célébré aux Etats-Unis et en Suède, mais pratiquement inconnu en France.  


Anders Zorn: Frileuse, study, 1894  Zorn Museum, Mora Sweden


De 1875 à 1880, il étudie la peinture à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Stockholm. En 1881, il épouse Emma Lamm, une riche héritière de son pays, passionnée d'Art et de Culture qui lui donnera le goût des voyages et ce qui l'aidera dans ses débuts, une certaine aisance financière.
Il entreprend alors de visiter Londres, Paris, les Balkans, l'Espagne, l'Italie, et les Etats-Unis. 
Dans la lignée du peintre américain John Singer Sargent (1856 Florence- 1925 Londres) il réalise les portraits de célébrités et de personnalités politiques ( portraits officiels d'Oscar II et de Sophia de Suède et ceux de  trois Présidents américains Grover Cleveland, William H. Taft et Théodore Roosevelt).
Zorn a peint de nombreux nus féminins plantureux et charnels , avec une pâte vigoureuse et sensuelle, qui valent bien ceux de Rubens ou de Renoir.
Mais on retiendra surtout aujourd'hui ses portraits croqués sur le vif à la manière de ses prédécesseurs Manet ou Degas, et ses tableaux impressionnistes où il représenta de façon saisissante la transparence et la mouvance de l'eau.


Self portrait in red, 1915, oil on canvas
Zorn Museum, Mora Sweden 


Les demoiselles Salomon, 1888 - Zorn Museum, Mora Sweden


Lace makers, 1894 - Zorn Museum, Mora Sweden


deux versions et deux lumières 
Summer vacation, study, 1886 -
Zorn Museum, Mora Sweden